Marcel

 

« Grâce à votre chérie, on passe pour des branques !

pesta l'adjudant-chef en tarabustant Floc'h.

J'imagine glousser ces poulets à la manque,

Bellec et Kerdoncuff, alias les deux Duschnock. 

 Grace à eux nous savons désormais que la cure

abritait les amours de Fernande et du clerc,

et que, pour pimenter leur commune luxure,

ils sniffaient de la snow, douce comme l'enfer. 

 Même s'il apparaît un poil illégitime,

en quoi ce badinage explique-t-il les crimes ? »

 

*****

Cucuff, dans les torchons, avait roulé sa viande

lorsqu'une idée surgit dans son fier ciboulot :

 

«  Pour moi, c'est le curé qui a tué Fernande ! 

 J'y pensais à l'instant, c'est assez rigolo,

encourage Bellec, via le téléphone.

J'en ai la conviction depuis le premier jour.

 Et quelqu'un l'a tué pour venger la luronne !

 Vous m'êtes Kerdoncuff, un très précieux secours.

 Elle avait tant d'amants qu'il nous faut circonscrire.

 Peut-être à Recouvrance avait-elle un barbeau ?

 Pourquoi pas son dealer ? C'est un bien triste sire,

 Mais il pouvait avoir la rousse dans la peau.

 C'est ce que prétendait l'institutrice adjointe.

 Demain nous irons voir l'ardente Philaminte.

Bon, je vais raccrocher. Faites un gros dodo. »

 

*****

La brume s'estompait, le ciel en demi-teinte

commençait doucement à prendre des couleurs.

Au « Café du vieux port », Bellec et Philaminte

se plurent tout de suite. En tout bien tout honneur.

 

« Je veux bien vous aider, sachez-le Capitaine,

mais au gendarme Floch, je crois avoir tout dit.

 La loi républicaine,

dure aux petites gens, épargne les bandits. »

 

A cet instant précis le bigophone tinte.

 

« Allo ? - C'est Kerdoncuff - Le légiste est formel ? »

- Il y a du nouveau ? s'informe Philaminte.

- On a identifié l'ADN de Marcel. »

 

Cinq minutes plus tard, Bellec est dans son rade :

 

« Je dois vous arrêter. Désolé camarade. »

 

*****

« Vous aviez Kerdoncuff, flairé la bonne piste.

Vous êtes un bon flic. Que dis-je ? Un excellent.

 Mais je suis harcelé par tous ces journalistes. 

 Vous en brûlez d’envie, allez-y lieutenant. »

 

Kerdoncuff, solennel et la mine gourmande

brieffe des journaleux un brin émoustillés :

 

« Camé, l'écclésiastique avait buté Fernande.

Marcel, pour la venger, sucra son meurtrier. 

 A-t-il aussi tué la pauvre Adélaïde ?

 Non. Il a pour ce meurtre un solide alibi.

 Alors c'est le dealer ?  Un alibi aussi. 

 Donc, sur ce meurtre-là, pour l’instant c’est un bide ? 

– Pour l’instant seulement. Nous tenons le bon bout, 

le meurtrier sera bientôt sous les verrous. »

 

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