Où tout s'éclaire

 

 « Vous savez pas les mecs ? Les flics m’ont contacté !

– Tu n’es pas seul. Tous les copains d’Adélaïde 

sont invités par la poulaille à témoigner.

– On est nombreux, car la meuf n’était pas timide.

– Les mecs, il va falloir sortir nos alibis.

– C’est facile pour moi car j’étais à Molène

– Et moi à Brest. – Moi à Quimper. – Moi à Paris !

– Et moi, j’étais en mer sur la côte Africaine.  

 

– Elle était en ménage avec Bruno Le Gall,

qu’elle aurait, parait-il, piqué à Laureline,

laquelle était fumasse et c’est assez normal.

– Et si son assassin était une assassine ? 

– En ce cas, il y a du monde au portillon :

Adélaïde a encorné tout le canton. »

 

***** 

« Le rapport du légiste est sur votre bureau.

– L’arme est originale.

Du moins pour un tueur qui n’est pas Jivaro.

– Insolite, mais redoutablement létale. 

– Vous fûtes, Kerdoncuff, grand lecteur de Tintin.

Vous rappellez-vous « L’homme à l’oreille cassée » ?

Pour qui, discrètement, veut buter son prochain,

la fléchette au curare est une panacée.

– Je crois avait ouï qu’un des gars du restau

aurait tenu commerce à Macaraïbo ?

– Je le vois bien souffler dans une sarbacane

 pour, ni vu ni connu, piquer la pauvre enfant

et l’expédier au purgatoire en un instant.

 Ces Sud-amérindiens sont loin d’être des ânes. »

 

*****

L’excellent Kerdoncuff a su tenir parole.

Au Café « Chez Lolotte » où il siffle un demi,

un gardien de la paix affranchit un ami :

 

« Sais-tu qu’on a coffré le sommelier du Môle ?

– Auriez-vous estimé qu’il sert du mauvais vin ?

– Non. Mais d’Adélaïde il était l’assassin.

 C’était le dernier ex de la blonde victime,

ça l’a rendu furax d’être ainsi fait cocu.

– Si chaque encornement se soldait par un crime,

les thanatopracteurs ne seraient pas déçus.  

– Le mec a trucidé l’infidèle au curare.

– Comme les Jivaros ? – Chez nous c’est un cas rare.

– Mais, il faut l’avouer, un procédé classieux.

– Enfin sont éclaircis ces fichus homicides.

– J’espère que là-haut, la pieuse Adélaïde

honore tous les Saints qui glandent dans les Cieux. »

 

The end