Back to Lampaul-Plouarzel

 

 A « L’Abri du marin », le fief des retraités,

nul chef d’oeuvre en péril ne s’en laisse conter.

 

« Paraît que le curé, ce chaste ecclésiastique,

est mort la verge à l’air. – D’où sors-tu ce ragot ?

s’encolére un sceptique.

– Pourquoi auraient-ils mis les lieux sous embargo,

sinon pour écarter du regard des bigotes

l’impudique phallus de leur défunt pasteur ?

– La tournée c’est pour qui ? s’inquiète la bistrote.

– J’ai une idée, soumet le vieil instituteur :

en l’honneur de l’abbé, si nous brûlions un cierge

afin qu’au paradis l’accueillent trente vierges ?

– En quel temps vivons-nous, je vous demande un peu ?

– Nous n’avons pas fini de voir des journalistes !

– Ce reuz attirera des flanquées de touristes.

même clamsée, Fernande aura fait des heureux. »

« Bellec ! Dans mon bureau ! glapit le commissaire,

un tondu rondouillard aux yeux de marcassin,

On passe pour des cons dans tout le Finistère,

vous allez me coffrer vite fait l’assassin.

 

Plutôt que de hanter les bars de Recouvrance,

retournez, c’est un ordre, à Lampaul-Plouarzel !

Et n’en profitez pas pour passer des vacances. »

 

Bellec, en bon voileux, encaisse la bourrasque.

Il siffle Kerdoncuff, son lieutenant fantasque :

« Nous retournons à l'Ouest, traquer le criminel. »

 

Moins d'une tard, ils goûtent l’air du large

et flattent leurs quinquets en flânant sur le port.

Un pêcheur chevelu, broussaille au vent, décharge

sa pêche en écoutant  Nolwenn au transistor.

 

« Vous croyez que l'abbé connaissait la rouquine ?

– Bien sûr. Sinon pourquoi l'aurait-on supprimé ?

– Pour un clerc il avait une bonne bobine,

je parie dix euros que la grande l'aimait 

– L’enquête le dira, sagace lieutenant.

– Il est midi passé. Selon moi, Capitaine,

Il serait opportun de casser une graine.

– Les idées nous viendront peut-être en déjeunant.

 – Mon beauf m'a dit grand bien du restaurant « Le Môle »

et s'il bouffe du flic lorsqu'il est aviné,

nous nous réconcilions sur le filet de sole,

le saint-pierre au gingembre ou le lieu safrané.

– Afin qu'en nos esprits une lueur s'éveille,

allons incontinent savourer ces merveilles. »

 

suite