L'arracheuse de dents

Ce n’est pas pour m'vanter, mais depuis quelque temps

je ne puis plus mâcher sans souffrir de mes dents. 

J’irais jusqu’à parler de rage.

Nul besoin de mourir, je vis l’enfer sur terre,

j’implore Belzébuth, j’insulte Jupiter. 

Puissent-ils déclencher l’orage !

 

Un soir de lune bleue, je grimpe sur les toits, 

clamer mon désespoir avec des cris d’putois

dans un’ fureur blasphématrice 

et lorqu’à l’orient, enfin le soleil luit,

de l’arracheus’ de dents, je vais frapper à l’huis 

pour quémander ses bons offices.

 

La tronche en œuf de Paqu’s, j’implore sa pitié, 

« Docteur, je porte aux nues ce merveilleux métier 

qu’est celui d’odontologiste, 

révérence parler je vous prie à genoux 

de bien vouloir me prendre entre deux rendez-vous,

vu que je n’ suis pas sur la liste . »

 

« Je suis navrée, m’répond l’impitoyable enfant,

cette pratiqu’ n’est pas conforme au règlement. 

Mais sur mon agenda j’vous note, 

Vous avez de la chanc’, j’ai un trou dans six mois.

Un mercredi matin à onze heur’s le vingt-trois,

nous verrons vos pauvres quenotes. »