Le poteau ivre

Comme je descendais la poubelle, impassible,

je fus pris à partie par Jean-Baptiste Haleur.

Systématiquement, ce concierge irascible,

tient à m'en faire voir de toutes les couleurs.

 

Nullement ébranlé par son âpre équipage

je le gratifiai d’un blasphème en anglais.

Il cessa sur le champ son odieux tapage

et me laissa m’y prendre ainsi que je voulais.

 

Le trottoir s'affligea d'effluves maritimes

et je vis s'infléchir soudainement le flot

des passants qui prenaient des mines de victime

et se pincaient un nez qu'ils avaient très falot !

 

Il est vrai, ma poubelle empestait la marée,

le chou fleur obsolète et la merde d’enfant.

Sur sa motocyclette aussitôt démarrée,

un loubard pris la fuite, assez peu triomphant.

 

De retour au logis je narrai ce délire,

en vers de mirliton, jusqu'au tomber du jour.

J'avais au préalable appareillé ma lyre,

plus friande il est vrai de poèmes d’amour.

 

Mais les yeux épuisés par la page électrique,

je vis bientôt surgir des hippocampes noirs.

Le chef comme endurant cent-mille coups de trique,

je sortis boire un bock au « Bar de l’entonnoir. »

 

Me pardonnera-t-il ce semblant de poème,

le Voyant magnifique au regard lactescent

qui au fond des troquets traîne sa mine blême, 

fourbu par des alcools qu'impavide il descend ?