Les aléas

Les sourds sont décidés à ce qu’on les entende,

Suivis par les muets qui ont haussé le ton.

Faisant la sourde oreille à leur juste demande,

La loi est bien muette, et jamais ne répond.

 

Devant cet abandon, pris d’une haine aveugle,

On sent la douleur sourde ouïr dans les propos ;

Les non-voyants aussi, que le dépit aveugle,

N’en croient, eux, pas leurs yeux, y voient un vrai fiasco.

 

Les culs de jatte, enfin, ont ce grand avantage

De ne dire en la mort : « je pars les pieds devant ».

Tandis que les bossus, qui attendent l’orage,

Prient pour qu’un bel éclair les « fout droits », sur le champ.

 

Les borgnes sont mal vus, cela ne les aveugle ;

Ils ont le regard vif, rien ne peut les troubler.

Ne dormant que d’un œil, bien loin d’être une épreuve,

Au trépas ils n’auront qu’un seul œil à fermer.

 

Et les cons, dans tout ça ? pour eux pas de miracle ;

En surnombre croissant ils résistent au temps ;

Une bande de cons qui se donne en spectacle,

Comme au gouvernement, ça se sent important !

 

André Laugier