Mécomptes de Noël

Dans les beaux ciels d'hiver, sous l’œil de la Grande Ourse, 

il menait son traîneau comme une Ferrari.
Le pauvre désormais se sent à bout de course
et voudrait ménager son corps endolori. 

 

 

« Hélas, s'afflige-t-il en bouchonnant ses rennes, 

ma femme n'a pas su me donner de garçon. 

Je n’ai nul héritier pour lui passer les rênes. 

A la fin de mes jours, j'en paye la rançon.

– Voyons, Papa Noël, vous avez une fille ! 

Superbement gaulée, instruite, très gentille, 

sportive et pas feignante, elle a le bon profil.

– J'adore cette enfant (de mes yeux la prunelle)

et je ne voudrais pas l’exposer au péril. 

Car c'est un métier d'homme et non de demoiselle.

– Tu n'es qu'un vieux macho, papa, tu me fais honte,

s'insurge la gamine un tantinet Femen. 

Tu devrais arrêter de faire le Géronte 

et j'en ai plus qu'assez de te répondre Amen ! »

Sous une photo choc, « L'Aurore boréale » 

presque aussitôt publie ce scoop ébouriffant : 

« Le bonhomme Noël, souffrant de l'encéphale, 

laisserait la boutique à sa divine enfant. »

 

La nouvelle est twittée, au Brésil, en Islande, 

à Rome, à Singapour, au Caire, à Maurepas. 

Pulpeuse et court-vêtue, en mini-houppelande, 

la belle fait rêver les vertueux papas.

 

Hélas, à son permis de traîneau rennivole, 

la belle à échoué, nonobstant ses appas. 

Et, cet hiver encor, c’est le vieux qui s’y colle.

Tant pis pour les papas.