Bloody Bitch

A Petropavlovski, perle du Kamtchatka, depuis plus de huit jours le blizzard s'époumone. Un ostrogoth barbu sirote sa vodka au zinc du “Tovaritch”. Et lorgne la patronne. C'est un ancien mataf, un fameux maître-coq. Pendant plus de quinze ans, les ports du Pacifique : Sydney, Valparaiso, Shangaï, Vladivostok, ont connu, de Nanard, les cuites homériques. Éclos rue de la Soif, au cœur de Saint-Malo, il tenait la distance, en digne matelot. Mais, trop gourmand, il vit s'affoler sa...
Pas sûr. Car la divine aimait les beaux ruscoffs. glabres et sémillants sous l'habit militaire. Elle en pinçait surtout pour un certain sous-off, au crâne éblouissant, au menton volontaire. On se souvient ici que Nanard est barbu. Si la barbe, souvent, signale le poète – voyez Victor Hugo, Tristan Corbière, Ubu. (Ubu, ce n'est pas sûr, mais la rime est parfaite) – elle apparaît parfois comme un lourd handicap. Un mataf aguerri sait arrondir les caps. L'ostrogoth se rasa sans le...
Le soleil se levait sur Petropavloski. La journée s'annonçait lumineuse et frisquette La radio diffusait de l'Igor Stravinski. Nanard se réveilla, benoît dans sa chambrette. Le moral au beau fixe, il fit un gros caca, s'offrit un grand kawa, grignota deux tartines, avant de s'en aller, coiffé de sa chapka, flâner sur le musoir plein de senteurs marines. Au large on pouvait voir flirter des cachalots, deux marsouins marsouinaient à quelques encablures. un couple de fulmars cinglait au ras...
« Here is the french sailor ! Another bloody-bitch ? – Yes ! Réplique en globish un Nanard grenadine. » « J'ai rudement bien fait de raser ma barbitch ! se dit-il in petto. Et vive la marine ! Je vais raconter ça par e-mail à Paulo. » Paulo, ce vieux forban, compagnon de bamboche, avait posé son sac auprès de Saint-Malo, dans un joli penty fleuri d'aristoloches. « Paulo, t'as le bonjour de Petropavloski. Un port du Kamchatka. Je chauffe une frangine et bois du bloody-bitch. Ce...
La glace était rompue grâce à son nouveau look. Mais la blonde lorgnait toujours les militaires. Après quelques vodkas, au bar c'était le souk. Il préférait alors son antre solitaire. Malgré le bloody-bitch, il n'avait pas encor forcé, de Natacha, l'apathie boréale. Il bâtissait, rêveur, sous les étoiles d'or, des plans pour la muer en compagne idéale. Grâce au ciel, Cupidon se pencha sur son cas. Un jour qu'il sirotait, seul au zinc, sa vodka, il vit venir à lui la sublime...