Short-stories

Ce siècle avait deux ans lorsque mon attention fut attirée par un étrange animal. Les oreilles dressées comme deux périscopes, il glissait à fleur d’eau dans cette lagune dont je m’apprêtais à inventorier tritons et grenouilles. De temps en temps il sortait le bout du museau pour renouveler sa ration d’oxygène, puis reprenait ses évolutions subaquatiques. Au bout d’une petite heure il grimpa sur la berge, frétilla comme un chien mouillé et se percha sur un rocher pour...
Abigaëlle naquit au petit matin d’Hallowen à Leitir Brecáin. Un pays perdu au fin fond du Connemara. La région ne connaissait pas encore une notoriété qui ne viendrait que trente ans plus tard lorsque Michel Sardou, inspiré par un dépliant touristique, composera sa célèbre chanson. Les fées qui s’étaient penchées sur le berceau de la pauvrette devaient être sous le coup d’une déception amoureuse ou souffrir d’une gueule de bois carabinée. Huitième fille d’une famille...
En attendant que cessât le grain qui venait de s’abattre sur l’Ile Molène, je contemplais la rade, qui passait de l’émeraude à l’anthracite, tout en sirotant pensivement mon demi-panaché. « C’est beau, n’est-ce pas ? me prit à témoin mon voisin de comptoir, dont la dégaine trahissait les convictions écolo-celtiques. – En effet, c’est à couper le souffle. – Je suis prêt à parier que vous aimez la poésie. – Ça se voit tellement ? répliquai-je, un peu...
Sitôt rentré du taf, à dix-huit heures et des brouettes, Kevin Martin saisissait une bibine en boîte et s’asseyait devant l’écran de sa console pour une durée indéterminée. Il ne revenait furtivement sur terre que pour y accomplir les tâches indispensables à sa survie. Tout allait pour le mieux dans son meilleur des mondes virtuels, lorsqu’un soir d’orage, la foudre choisit de tomber sur le paratonnerre de son immeuble. Aspiré comme un cancrelas par un Dyson, le malheureux...
A la pointe Sud-Ouest de l’angleterre, les Scillies (ou îles Scilly) sont une étape très prisée par les voileux en route vers l’Irlande et par les pinnipèdes qui sillonnent la Mer Celtique. Les premiers se retrouvent au « Mermaid Inn », les seconds dans les Westerns Rocks ou sur les grèves de l’archipel. Sealy vint au monde sur le sable blond de la plus sauvage. Il devait ce sobriquet en forme de calembour à trois kayakistes bretons dont il aimait suivre les esquifs. Entre deux...
En se penchant avec trop de bienveillance sur son berceau, les bonnes fées avaient contrecarré le projet de Lili. Elle se rêvait en effet top-model. Or, à dix-huit ans, elle était devenue une superbe plante sur laquelle tous les hommes se retournaient. Les agences de mannequins ne recrutant que des anorexiques, elle se fit poliment éconduire. La « trop belle » se replia donc sur son plan B : le cinéma. Fine mouche, elle comprit très vite que les officines chargées de recruter des...
Petites nouvelles surréalistes inspirées ou non par les peintures de Jimmy Lawlor et de Vladimir Kush.
Tableau de Vladimir Kush
Pas le moindre zéphyr en ce matin d’avril. Dans un azur qui se reflète complaisamment dans le miroir sans ride de la Mer Caspienne, le soleil grimpe insensiblement vers son zénith. Sur le rebord en bois de sa fenêtre ouverte par laquelle il contemple les flots, Vladimir a ouvert le volumineux agenda sur lequel il a coutume de noter les émotions que lui font ressentir les belles choses de la Vie. Il suit en connaisseur la lente évolution d’un petit voilier qui guette la moindre risée...
ABC était un triangle quelconque et n’en éprouvait nulle fierté. Un simple coup d’oeil sur la liste des synonymes de ce qualificatif permet au moindre quidam de le comprendre. Qui aimerait qu’on le traitât d’anodin, de banal, de commun ou d’inintéressant ? Mais, accréditant ainsi la célèbre formule : « Pour vivre heureux, vivons caché. » il se satisfaisait de son insignifiance. Il avait poussé la quelconquerie jusqu’à s’affubler du patronyme le plus banal qui soit...
Tableau de Vladimir Kush
Depuis le Haut Moyen-Age, où quelques masures s’étaient regroupées dans ce trou de verdure où chante une rivière, on s’emmerdait ferme à Colombay. Gaétan Tourneboeuf n’était pas spécialement connu pour avoir l’âme vagabonde. Ce dix huit mars, en fin d’après midi il était d’autant plus insensible au crépuscule en technicolor qui auréolait les collines, qu’au volant de son cabriolet jaune, il lui tournait le dos. Quelques heures plus tôt, à l’issue d’un repas...

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