Vers libres

C’est un aéroclub, en zone industrielle, où viennent s’abreuver d’illustres vétérans. Voltigeurs de naguère, ils resserrent les rangs avant de décoller pour l’Ultime Aventure. Soutenu par le zinc, la moustache en éveil, un as aux cheveux gris, pieusement s’enivre. Il tient un palmarès de ses bonnes fortunes et tient à la barmaid de bien lestes propos. Mais la belle est en mains. Son gentil protecteur, un ancien commando frêle comme un half-track, caline sur le tarmac un...
Avez-vous écouté Madame Météo ? Isabelle, tenez-vous vraiment à chevaucher sous le déluge ? Ne serions-nous pas plus à l’aise au « Bar des Alezans » ? Je vous lirai ce poème, dont on m’a dit grand bien, où je compare vos yeux à cet ardoise clair qui s’empare du ciel lorsque sur la colline on sent venir l’orage. Et s’il a l’heur de vous émouvoir, j’en lirai quelques autres sur un ton plus cavalier, qui sont autant d’hommages à vos appas de cavalière. Et quand...
Si l’on en croit Bitenbronze, notre bien-gaulé bosco, le brave aurait hissé trois hôtesses d’un club très chic de Singapour, nanti de pignons sur trois rues, simultanément au septième ciel. Elles en auraient fait vaciller les lustres. La fort peu sainte trinité, la chinetoque, la rousse et la noire, besognant jusqu’à plus d’heure, aurait trouvé sa « bite en bronze ». Que notre illustre matamore, qui fit dans les deux sens vingt fois le tour du monde, perde ici toute...
C’est un bout de campagne, oublié rue Verlaine, plein de ronces rampantes et de liserons bleus. Juchée sur un fétu la tigresse de l’herbe dodeline du chef. Un lézard, qui passait par hasard analyse : "Ce bel insecte vert est bien appétissant, mais sa patte de fauve, un tantinet tranchante, peut porter préjudice au reptile innocent." Qu’il vole ou rampe ou crapahute, tout un chacun peut être écharpé par les monstrueux mandibules. Papillon, coccinelle, abeille… Rien ne peut...
Sur la face cachée de Séléné les ptizomvers sont troglodytes, dodus comme des champignons d’couche et affublés de trois pattes ultra-fines. Ils se planquent la nuit dans leurs soulunains pour éviter de se faire bouffer par un dragon gigantesque autant que lunatique. Sauf les nuits de ciel de terre où l’on voit les monstres arriver de loin. Du coup, les malheureux prédateurs crèvent la dalle et les scientifiques s’étonnent que leur espèce ait suvécu.
Pour verlibriser comme un chef, il n’est nul besoin de se briser la cafetière. Suffit de faire gaffe à ce que sa plume ne se laisse aller et n’emprunte instinctivement les voies mal fréquentées des vers isométriques Mais aussi et surtout qu’elle ne s’encoquine avec la rime. Ce bijou d’un sou que dénonça Verlaine bien qu’il en usât et en abusât. Les doctes poètes d’aujourd’hui, sentencieusement nous l’enseignent : la rime ce n’est pas bien du tout du tout du tout,...
S’il s’était écrit avec un i, cette voyelle anodine qu’Arthur Rimbaud voyait rouge, le ptyx aurait au mieux servi de nom de guerre à un irréductible gaulois. Son y lui fait changer radicalement d’envergure. L’hellénitude de cette voyelle — étrangement ignorée par le voyant des Ardennes — lui confère en effet cette dictinction qu’ont les vrais aristocrates et dont usent et abusent nos faux-amis d’Outre-Manche. Mais sans l’intervention de Mallarmé, cette noblesse...