Voyages dans le temps. Saison 3

Le voyage d’Isidore Mévout au temps de Cicéron s’achevait sur ce dialogue visiphonique. « Salut Isidore. Tu es en partance pour la Rome Antique ou tu es déjà de retour ? — Je viens d’y passer cinq jours, mais je ne me suis absenté de notre siècle qu'une trentaine de minutes. Comme la première fois. — C’est dingue, répondit-il en imitant Jacouille la Fripouille. — Tu sais que j’ai eu l’honneur d’interviewer ton homonyme. J’ai même tourné une vidéo qui vaut son...
Ses précédents voyages l’avaient accoutumé au noir absolu. Sans la protection de la coque du chronoscaphe, Isidore subissait en outre un vent glacé qui lui sifflait dans les oreilles. Mais son anxiété ne dura que deux ou trois minutes. La bise s’estompa et la lumière fut. Dans ce secteur peu fréquenté des Buttes-Chaumont, les feuillus, dont les plus tardifs venaient tout juste de débourrer, offraient leur ombrage tout neuf à des massifs de rhododendrons en fleur. Le bleu des...
En marge du champ de bataille, le bistro était plein d’insoumis qui s’appliquaient à refaire le monde. Leur déficit de témérité face aux forces de l’ordre était très largement compensé par la hardiesse de leurs utopies et la véhémence de leurs propos. « Aux dernières nouvelles, dans le jardin du Luxembourg, ils auraient entôlé des centaines de manifestants dont Sauvageot, Cohn-Bendit, Henri Weber, Brice Lalonde et Alain Krivine… — Les salauds ! Mais on ne se laissera...
Isidore avait une tendresse particulière pour une odelette de Gérard de Nerval intitulée : « Une allée du Luxembourg » Elle a passé, la jeune fille Vive et preste comme un oiseau : À la main une fleur qui brille, À la bouche un refrain nouveau. C’est peut-être la seule au monde Dont le cœur au mien répondrait, Qui venant dans ma nuit profonde D’un seul regard l’éclaircirait ! Mais non, ma jeunesse est finie… Adieu, doux rayon qui m’as lui, Parfum, jeune fille, harmonie…...
… Ils ont un drapeau noir En berne sur l'Espoir Et la mélancolie Pour traîner dans la vie Des couteaux pour trancher Le pain de l'Amitié Et des armes rouillées Pour ne pas oublier Qu'y'en a pas un sur cent et qu' pourtant ils existent Et qu'ils se tiennent bien bras dessus bras dessous Joyeux et c'est pour ça qu'ils sont toujours debout Les anarchistes L’assistance, chauffée à blanc, se dresse pour reprendre en choeur le dernier couplet. Plus ou moins justes, mais passionnées autant...
Isidore avait préparé son voyage en surfant sur Internet. Il savait donc comment évoluerait la manif du 10 mai 1968. Au crépuscule, des négociations s’engageraient entre le rectorat et les représentants des étudiants. Suivies heure par heure par Alain Peyrefitte, ministre de l'Education nationale, elles dureraient jusqu'à 1 h 55. Ordre serait donc donné aux milliers de policiers postés au Quartier latin de ne pas bouger. Mauvaise pioche. Mettant à profit cette trêve inespérée,...
« Cohn Bendit ? Je le connais bien. Quand il est à Paris, il lui arrive de passer boire un sérieux et, selon l’heure, de commander une choucroute. Il est comme à la télé. Grande gueule mais sympa. — Vous parlez bien du politicien qui a mené la liste des écolos aux élections européennes ? — Oui. Ou aux présidentielles. Vous savez, moi et la politique… — Merci. Du coup ça me donne envie de me farcir une choucroute. — Avec jarret ? — Avec. Et vous me mettrez un sérieux....
Isidore était rentré chez lui vers seize heures, avait pris une douche et s’était couché pour une petite sieste. Elle avait duré jusqu’au lendemain midi. Quittant la nuit des barricades à 23 heures pour se retrouver le vingt et unième siècle à midi, il avait souffert du fameux jet-lag bien connu des voyageurs au long cours. Ces vingt heures de sommeil lui avaient permis de recharger ses batteries. C’est donc l’esprit particulièrement affûté qu’il examina le cas du citoyen...
« Isidore, non seulement tu me dis savoir pourquoi Cohn-Bendit peut être à la fois mort en 1968 et vivant au vingt et unième siècle, mais tu en aurais la preuve. Je suis curieux de voir ça. — Professeur, commencez par examiner ces deux exemplaires du Journal du Dimanche, datés l’un et l’autre du 12 mai 1968. — En effet, c’est troublant dit-il, après avoir vérifié les dates et parcouru les unes. Mais une telle bévue n’est pas exceptionnelle. Il arrive qu’un rédacteur...
Isidore mit à profit sa petite semaine de lâcher-prise pour améliorer son chronoscaphe. Il le dota d’une commande vocale et de la possibilité de changer d’époque en cours de voyage. Pour faire bonne mesure, il inventa un chargeur de batterie exploitant ses changements de position et sa chaleur corporelle. Ce faisant, il avait mis sous le boisseau l’énigme posée par le mort-vivant Daniel Cohn Bendit. Chassez le naturel, il revient au galop. Une cinquième hypothèse lui vint...

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